Le sport a ce pouvoir rare de transcender les différences, de rassembler, de faire vibrer une foule entière autour d’un ballon, d’un but, d’un exploit. Il devrait être un lieu de fête, de passion, de dépassement. Pourtant, trop souvent, cette ferveur est souillée par des comportements indignes. Dans les gradins, au cœur même de ce qui devrait être un sanctuaire de respect et de fraternité, les cris de haine résonnent encore. Des mots violents, des insultes racistes. Des gestes qui n'ont pas leur place dans notre société, encore moins dans nos stades.
Ces actes ne sont pas de simples débordements. Ils sont les
symptômes visibles de l’ancrage du racisme dans certaines mentalités, même dans
les sphères censées porter les valeurs les plus nobles. Car oui, le sport
devrait être ce terrain d’expression où la couleur d’un maillot prévaut sur
celle de la peau. Mais la réalité en 2025 reste amère.
L’un des exemple qui me vient à l’esprit est Vinícius Júnior. Régulièrement, le prodige brésilien semble devoir choisir entre jouer au football ou se défendre contre l’intolérance. Il est devenu, bien malgré lui, le visage moderne d’un combat qu’il n’avait pas prévu de mener. Lui qui rêvait simplement de dribbles, de buts et de joie, se retrouve à dénoncer l’indicible, à répondre à la haine par le courage. Est-ce cela, le prix à payer pour rêver lorsque l’on est noir ?
Et il n’est pas seul. Cela serait réducteur de limiter le
combat face au racisme à vinicius. Depuis des décennies, des athlètes ont
sacrifié leur carrière, leur image, parfois leur vie pour dénoncer le racisme.
Comment oublier Tommie Smith et John Carlos, poings levés, lors des Jeux
Olympiques de 1968 ? Leur geste, historique, est devenu un symbole. Mais à quel
prix ? Leur exclusion, leur mise au ban. Preuve que dénoncer la haine dérange,
même quand on le fait pacifiquement.
En France, Lilian Thuram incarne cette résistance active. L’ancien champion du monde a fait de la lutte contre le racisme sa seconde carrière. Son engagement est exemplaire, il ne parle pas seulement en tant qu’ancien footballeur, mais en tant qu’homme, père, citoyen. Il rappelle que ce combat ne se mène pas uniquement sur les terrains, mais dans les écoles, dans les médias, dans les esprits. Et pourtant, malgré ses efforts, malgré les campagnes de sensibilisation, les sanctions, les slogans, les cris continuent de fuser depuis les tribunes.
« Mono » (singe), « rentre chez
toi »… Ces
mots ne devraient plus jamais avoir leur place dans une enceinte sportive, ni
nulle part ailleurs. Et pourtant, ils ont été entendus, une fois de trop, au cours de la dernière saison. Ils choquent, ils détruisent, ils déshumanisent. Ils
trahissent aussi les valeurs même du sport, censée être fondée sur l’inclusion,
le respect et l’égalité.
Alors, que reste-t-il à faire ? Le sport ne changera pas le
monde à lui seul, mais je pense avec certitude qu’il peut en être le reflet et
le levier. Il peut, s’il le veut, devenir un exemple de société, un modèle de
résistance à ce combat de tous les jours.
Ce combat, nous le devons à tous ceux qui ne peuvent plus en
parler. À tous ceux qui ont dû se taire. À ceux qui, aujourd’hui encore,
montent sur un terrain la peur au ventre. Il ne s’agit pas seulement de
football. Il s’agit d’humanité.